Dyspepsie

Une dyspepsie est définie comme une "gêne", une douleur ou un "inconfort" (sensation de plénitude épigastrique, de satiété précoce, de ballonnement, de nausées) de l'abdomen supérieur.

Bien que ces définitions soient peu précises, on parle de "dyspepsie motrice" lorsque l'inconfort est au premier plan, de "dyspepsie pseudo-ulcéreuse" lorsque domine la douleur et de "dyspepsie non spécifique" dans les autres cas. Ce symptôme concernerait 5 à 20% des adultes, cause de 2 à 5% des consultations de médecine générale. Fonctionnelles dans deux tiers des cas, elles ne nécessitent alors aucune investigation, la difficulté étant d'identifier les cas suspects de pathologies organiques. Face à ces plaintes, il convient tout d'abord d'exclure par l'anamnèse un reflux gastro-oesophagien (RGO, entité en soi selon la classification de Rome → cf chapitre dédié) et l'existence de douleurs des hypochondres à l'examen.

Etiologies

Dyspepsies fonctionnelles (environ deux tiers des cas)

Par définition, elles supposent l'absence de cause démontrée. Leur pathogénie demeure incertaine. Rôle d'anomalies sensitives ou motrices ? D'une infection à helicobacter pylori ? De facteurs psychologiques ? De comportements alimentaires ?

Dyspepsies organiques (environ un tiers des cas)

  • Lésions digestives
    • Ulcère gastro-duodénal (UGD)
    • Oesophagite peptique avec ou sans hernie hiatale, gastrite chronique
    • Cancer gastrique, œsophagien ou pancréatique
    • Gastroparésie (diabète, vagotomie, sclérodermie, amylose ?)
    • Infiltration gastrique (Ménétrier, Crohn, sarcoïdose, amylose ?)
    • Infections gastriques (CMV, syphilis, bacille de Koch, giardiase ?)
    • Pancréatites chroniques
    • Cholédolithiases
    • Néoplasies intra-abdominales, volvulus gastrique, hernies para-œsophagienne,…
  • Causes médicamenteuses
    • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), aspirine, paracétamol, corticoïdes
    • Antibiotiques (macrolides et imidazolés ++), digitaliques, suppléments en fer ou potassium, morphiniques, lévo-dopa, inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et anti-calciques
  • Maladies systémiques
  • Divers
    • Intolérance au lactose
    • Syndrome de malabsorption
    • Hygiène alimentaire : alcool, café, régime trop gras, repas trop rapides

Caractéristiques cliniques suspectes d'étiologie organique

  • Symptômes et signes d'alarme imposant un bilan à la recherche d'une étiologie organique :
  • Un bilan est également nécessaire lorsqu'on suspecte la responsabilité d'un médicament mais que sa suppression n'entraîne pas d'amélioration

Bilan de première intention en cas de suspicion d'étiologie organique

Biologie

Hémoglobine glyquée (diabète ?), hématogramme (anémie = signe d'alarme), calcémie (malabsorption, hyperparathyroïdie), bilan hépatique (origine hépato-bilio-pancréatique ?), CRP et VS (infection digestive, cancer, pathologie systémique)

Oeso-gastro-duodénoscopie +- biopsies pour recherche d'Helicobacter Pylori

Test respiratoire à l'urée à la recherche d'Helicobacter Pylori – utilité en débat

Bilan de seconde intention en cas de suspicion d'étiologie organique

En deuxième intention on pourra prescrire une échographie abdominale (perturbation du bilan hépatique), une pH-métrie (en cas de diagnostic différentiel difficile avec un reflux gastro-oesophagien), une scintigraphie de la vidange gastrique (gastroparésie ?), un transit grêle ou entéro-scanner ou un CT-scanner abdominal.

Prise en charge des dyspepsies fonctionnelles (absence de symptômes et signes d'alarme)

  • Réassurance
  • Mesures hygiéno-diététiques
  • Traitements spécifiques :
    • 1ère intention : inhibiteur de la pompe à proton (IPP) durant 1 mois (ou prokinétique [dompéridone] en cas de dyspepsie motrice)
      • En cas d'échec → Test respiratoire à l'urée
        • Si positif → éradication d'Helicobacter Pylori (HP)
        • Si négatif ou persistance de la dyspepsie après traitement d'éradication HP → oeso-gastroduodénoscopie
  • Psychothérapie et orientation vers une prise en charge para-médicale en l'absence d'argument pour une étiologie somatique et échec des mesures hygiéno-diététiques
  • Réévaluation et envisager un bilan de recherche d'une étiologie organique en cas de non réponse à la prise en charge après 3 mois ou de modification de la clinique

Auteur(s)

Dr Shanan Khairi, MD