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Quand la Belgique emprisonne les Droits de l'Homme

La Ligue des Droits de l'Homme, garante de nos droits et libertés

Les Ligues des Droits de l'Homme, affiliées de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH). Ces mots résonnent comme des garants de nos droits individuels et collectifs. Comme ceux qui rappellent nos dirigeants à leurs engagements. Comme ceux qui veillent à ce que les concepts d'Etat de droit et de Liberté ne se voient pas vidés de leur sens.

 

Arrestation du président de la Ligue des Droits de l'Homme le 2 avril 2016 par le commissaire-divisionnaire de la police de Bruxelles Pierre Vandersmissen en dehors de toute cadre infractionnel.

Le 2 avril 2016 restera en Belgique le jour où le président de la Ligue des Droits de l'Homme belge, Alexis Deswaef, a été arrêté sur le fronton de La Bourse et emprisonné. Arrêté pour ce qu'il représentait. Emprisonné sans autre motif que politique. Pas par erreur. Pas de par le zèle d'un obscur fonctionnaire de police. Non. A dessein. Consciemment. Par Pierre Vandersmissen, commissaire-divisionnaire de la ville de Bruxelles, lui-même.

 

Cet acte apparaît d'autant plus scandaleux que, la semaine précédente, la police de Bruxelles avait, sous le contrôle direct du commissaire Vandersmissen, escorté et laissé défiler impunément quelques centaines de néo-nazis venus de Flandre pour exécuter des saluts hitlériens et agresser des Bruxellois sur le même fronton de La Bourse.

Arrivée d'un groupe de néo-nazis flamands, escorté par la police de Bruxelles depuis la Gare du Nord, sur le fronton de La Bourse le 27 mars 2016

Arrivée d'un groupe de néo-nazis flamands, escorté par la police de Bruxelles depuis la Gare du Nord, sur le fronton de La Bourse le 27 mars 2016

Saluts hitlériens et chants racistes perpétrés lors de ce défilé

Saluts hitlériens et chants racistes perpétrés lors de ce défilé

Agression d'un Bruxellois par des militants néo-nazis lors de ce défilé

Agression d'un Bruxellois par des militants néo-nazis lors de ce défilé

Cet acte apparaît d'autant plus aberrant de par les réactions des responsables politiques directs de la police de Bruxelles. Le ministre de l'intérieur Jan Jambon, membre du parti d'extrême-droite flamand NVA, s'est borné à... ne pas réagir. Rien. Pas un mot. Pas un communiqué. Alors qu'il en est si friand d'habitude... Le bourgmestre socialiste de la ville de Bruxelles Yvan Mayeur est quant à lui au contraire intervenu directement pour faire libérer Mr Deswaef et manifester son indignation envers l'action de la police de... sa propre commune. S'en est suivi un communiqué de presse du syndicat de la police, que nous voyons avec surprise ces dernières années enfreindre de plus en plus son devoir de réserve pour critiquer les autorités politiques, aussi indigné qu'injurieux à l'égard de Mr Mayeur pour ne pas avoir soutenu "son" commissaire.

 

A notre plus totale consternation Mr Pierre Vandersmissen s'est de plus cru autorisé à annoncer publiquement le dépot d'une plainte en justice à l'encontre de Deswaef et d'un particulier pour avoir osé critiquer par la suite son action.

 

Il est un fait que le commissaire Vandersmissen entretient un contentieux de longue date avec la Ligue des Droits de l'Homme. Il est un fait que la police de Bruxelles soit de plus en plus politisée. Il est un fait que nombre de résidents de la ville de Bruxelles - moi en particulier - aient régulièrement fait l'objet de violences physiques et d'injures purement gratuites en dehors de tout cadre judiciaire des policiers de la ville de Bruxelles. Il est un fait que les attentats dont a eu à souffrir récemment notre ville ont généré un climat particulier. Il est bien d'autres faits...

 

Mais ces faits ne sont qu'accessoires.

 

Comme l'affirme la FIDH elle-même, ces événements - tant cette arrestation abusive que l'instrumentalisation de la justice par Mr Vandersmissen - témoignent d'une intolérable dérive autoritaire au sein de la police de Bruxelles. Ce qui n'est pas acceptable à l'autre bout du monde ne l'est pas plus lorsqu'il survient chez nous. Il est grand temps que les autorités politiques prennent leurs responsabilités. Grand temps que Jan Jambon et Yvan Mayeur présentent leurs excuses. Urgent qu'une enquête judiciaire soit menée sur ces événements, non pas à l'encontre d'Alexis Deswaef mais de Pierre Vandersmissen. Urgent de redonner à la police de Bruxelles les seuls rôles qui sont les siens : servir et protéger la population sous l'autorité du politique.

Auteur(s)

Shanan Khairi, MD

Avril 2016

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