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Faut-il fuir l'Europe

L'Europe dans une (longue) tourmente...

Le "monde développé" va mal. Très mal. Depuis la faillite du contre-modèle soviétique, il s'est jeté à corps perdu dans "le seul modèle possible". Dérégulation d'un marché autrefois étroitement contrôlé. Multiplication des privatisations. "Pragmatisme" et vide idéologique. Tentative de reprise en main hégémonique d'un proche-orient libéré des fragiles compromis de la guerre froide. Recherche d'un nouvel adversaire par une organisation atlantiste désorientée. Une fois de plus, la fin de l'histoire nous était annoncée. Une démocratie aboutie. Un marché libéré. Un monde parfait.

 

Ce rêve de "nouvel ordre mondial" a fait long feu... Les écarts de richesses explosent. Les crises financières se succèdent sur fond de corruption, conflits d'intérêts et mauvaise gestion. Tout projet collectif a disparu. Démocratie de façade. Les bombes incendiaires et balles à uranium atlantistes ont transformé le proche-orient en enfer apocalyptique. Aucun ennemi digne de ce nom n'a pu remplacer les apparatchiks. Notre ancien allié Saddam Hussein, qu'on disait à la tête de la "troisième armée du monde", n'a pas tenu. Les mollah iraniens et les militaires cubains semblent fatigués et prêts à tous les compromis. Les potentats chinois ont décliné toute nos propositions de conflit. Reste la délirante Corée du Nord... mais personne n'y croit vraiment. En guise d'ennemi, seule une nébuleuse terroriste, aussi informe et sans visage que dénuée de véritable danger militaire, a émergé du bourbier proche-oriental.

 

Très vite le Japon a réagi. Plus interventionniste, il mène avec des bonheurs variables des politiques de relance qui seraient qualifiées de "gauchistes" en Europe. Plus nationaliste aussi, il retransforme ses "forces d'auto-défense" en véritable armée et s'égare à injurier et menacer la petite Corée du Sud ou son immense voisin chinois. Inquiétant Japon où une véritable croyance en l'infériorité ethnique de ses voisins se répand à nouveau...

 

Les Etats-Unis quant à eux semblent enfin accepter leur déclin que n'ont pu juguler les néo-conservateurs. Ils tentent péniblement de se retirer du bourbier proche-oriental. Ils reprennent langue avec leurs ennemis historiques. Ils regardent avec horreur leur Patriot Act et le renient. Ils font tourner leur planche à billets à plein régime pour maintenir une faible croissance. Ils réinvestissent un secteur primaire qui n'a qu'un éphémère salut à leur offrir. Ils voient resurgir la question des inégalités raciales et les émeutes se multiplier. Pour la première fois dans un pays marqué par l'extermination des amérindiens et l'esclavage, une partie de la classe moyenne blanche s'appauvrit. Les groupuscules suprémacistes reprennent vie. Un Donald Trump aux discours aussi stupides qu'haineux domine l'actuelle campagne électorale. L'avenir politique des Etats-Unis est incertain...

 

Le Japon et les Etats-Unis vont mal. C'est un fait. Mais, que dire alors de l'Europe ?

 

Aussi absurde que cela puisse paraître, nos élites paraissent toujours persuadées que le retour de "la croissance", prométhée d'un consensus social retrouvé, est à portée de main. Réorganiser la société sur base d'un taux de croissance durablement faible leur apparaît toujours comme une abomination. Toute la politique économique semble tournée vers un unique objectif : la préservation des revenus des rentiers et pensionnés. L'effondrement des revenus du travail ne rivalise qu'avec celui du taux d'activité. L'explosion des inégalités qu'avec celle du nombre de sans abris. Les classes supérieures nous offrent une succession de scandales. Fraude fiscale et sociale. Corruption. Pantouflage. Dérives oligarchiques. Dans une relative impunité voire, comme en Belgique, à l'aide "d'amnisties fiscales" votées par des parlementaires totalement décomplexés. Seuls les pays de l'est, toujours en rattrapage, ont encore des perspectives. L'Europe du sud est quant à elle sinistrée à l'image d'une Grèce transformée en poubelle de l'Union. Le reste surnage sur le dos d'une classe populaire précarisée. Les aspirations de la jeunesse se noient dans un corps électoral vieillissant dont le taux d'arthrose garanti l'échec des mouvements de protestation sociale.

 

Dans ce contexte, "la question des immigrés" reprend les accents qu'on lui connaissait dans les années septantes. Les discriminations généralisées à l'embauche, au travail et au logement ont des conséquences sans précédent dans le contexte d'un chômage de masse. Des camps de Roms sont détruits par des foules ivres de haine en Italie et en France. On voit même des tentatives de ratonnades resurgir en Corse ou en Espagne. Les agressions et meurtres racistes se multiplient dans l'indifférence générale. La France et la Belgique mettent en place des lois discriminatoires condamnées publiquement tant par l'ONU et les ONG que, même, par le département d'Etat américain. Ayant accepté toutes les humiliations, des filles d'immigrées à qui on ne trouve plus le moindre voile à repprocher se voient mises au ban de la société sous prétexte qu'elles portent des jupes trop longues. La haine raciale s'étale quotidiennement dans le débat public et les médias. Envers du miroir, toute une jeunesse d'origine immigrée ne supporte plus le déni des droits civiques qui leur est réservé. Leurs parents, immigrés de première génération, acceptaient vaille que vaille leur situation. Eux la trouvent insupportable et développent une rancoeur envers cette société qui a toujours refusé de les "intégrer". Pour certains, ni le repli communautaire ni le rap vengeur des Sniper, I am et autres NTM ne suffisent plus à exprimer la haine d'une société qui les rejette. L'incivisme et la petite délinquance deviennent fréquents. La haine et la recherche d'une illusoire identité qui leur est déniée ici en poussent d'autres vers les groupes armés syriens devenus le symbole de la lutte contre l'occident. Dans une société qui se veut démocratique et proclame sa croyance en l'égalité, cette interaction perverse entre xénophobie et rancoeur devient une véritable menace.

 

La gauche et la droite humaniste semblent, au mieux, tétanisées. Les socialistes dérégulent le marché. Des libéraux nous vantent les bienfaits du totalitarisme et de la militarisation de la société. Les démocrates chrétiens se replient sur leurs tendances conservatrices. Quant aux conservateurs, on peine aujourd'hui à les différencier de l'extrême-droite historique. Aucune mesure n'est prise afin d'enrayer notre déclin socio-économique. Alors que même les très orthodoxes Fond Monétaire International (FMI) et Organisation Mondiale du Commerce (OMC) nous enjoignent de réinvestir dans les services publics, d'abandonner le dogme de stabilité monétaire, de taxer les patrimoines et de diminuer l'imposition sur le travail, nos dirigeants font la sourde oreille. La sécurité est leur seule réponse. Dans certains pays, l'armée remplace peu à peu la police. La France crée une garde nationale. La liberté syndicale est remise en question. Des manifestations sont interdites. Les magistrats voient une partie de leurs prérogatives leur échapper au profit de l'exécutif. L'antisémitisme reprend droit de cité dans une Hongrie symbolisant toute les dérives de l'Europe de l'est. Le traitement réservé aux Roms rappelle celui du siècle précédent. Les rares acquis libertaires de l'Union sont démembrés.

 

L'Europe développe aussi lentement que sûrement dégradation sociale, xénophobie, nationalisme et autoritarisme. L'Europe. Le continent qui nous a montré que ce cocktail la menait à la guerre, au fascisme et au nazisme.

 

Si vos revenus sont constitués de rentes ou d'allocations, vous pouvez toujours serrer les dents en espérant cet illusoire redressement qu'on nous promet depuis 26 ans. Si vous dépendez essentiellement de votre travail, et que vous avez les moyens nécessaires à une expatriation... il est plus que temps d'y songer. D'autant plus si la couleur de votre peau vous fait considérer comme étranger dans votre propre pays. Que ce soit parce que vous êtes inquiet pour votre niveau de vie, soucieux de vos libertés ou ne désirez pas qu'un jour un policier vienne vous recenser avec la force de la loi sur base de vos origines.

 

Vous me répondrez que la crise est mondiale. Ha. D'où tirez vous cette idée saugrenue ?  Ainsi, l'ancien directeur général de l'OMC Pascal Lamy ricanait-il en 2014 suite à l'interpellation de Bourdin sur la "crise mondiale". Le monde va très bien disait-il, l'Europe est son seul "trou noir économique". De fait. Hors le vaste charnier proche oriental générant des réfugiés par millions et quelques pays toujours secoués de guerres civiles chroniques, le monde va bien. Va mieux en tout cas. On nous promet depuis 20 ans l'épuisement de la croissance chinoise entraînant l'Asie. Aussi fragile soit-elle, la Chine continue son irrésistible ascension. On nous parle des poches d'insoutenable pauvreté parsemant l'Amérique latine. Mais bien que les favelas, les gangs et la corruption demeurent, ce continent poursuit sa marche en avant qui l'amène aujourd'hui au niveau de l'Asie de la fin des années nonantes. De même, l'Afrique noire reste bonne dernière dans l'impitoyable course à la mondialisation. Mais ses taux de croissances et l'élévation de son niveau de vie sont aujourd'hui à ce point impressionant que les dernières projections de l'Organisation des Nations Unies (ONU) la placent en tête des zones économiques à l'horizon 2050.

 

L'Europe se révèle actuellement incapable de gérer le rattrapage en cours de ses anciennes colonies et la gériatrisation de sa population.  Mais le monde va mieux. L'humanité peut garder confiance dans son histoire qui, bien que lente et parsemée d'horreurs, l'amène vers un progrès de ses conditions.

Auteur(s)

Shanan Khairi, MD

Août 2016.

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