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De la violence d'Etat dans une Europe en crise

Tir d'une grenade explosive par la police contre des manifestants anti Loi Travail. Un journaliste présent est grièvement blessé et hospitalisé en Soins Intensifs.

Ce 27 mai 2016, un nouveau drame s'est joué dans les rues de Paris en marge des manifestations contre la Loi Travail. Un journaliste indépendant de 28 ans s'est écroulé, gravement blessé suite au jet d'une grenade explosive par un CRS. Sa seule arme était un appareil photo. Il est actuellement aux soins intensifs, plongé dans un coma artificiel. Aucune arrestation n'a eu lieu. La justice ne s'est pas saisie des faits. Une "enquête administrative" a simplement été ouverte et la préfecture a déjà livré une rhétorique ouvrant la voie à son classement sans suite. Logique. Logique car l'usage de telles armes contre des civils par les forces de l'ordre est légale en France et l'Etat entend qu'il en reste ainsi. Ceci nous a été rappelé suite à la relaxe du gendarme ayant tué Rémi Fraisse en 2014 à l'aide de ces mêmes grenades.

 

Manifestation en front commun syndical anti-austérité du 24/05/2016 à Bruxelles. Le commissaire Vandersmissen fonce, armé d'un spray au poivre, seul et sans protection dans la foule. Un manifestant se retourne et l'assomme d'un coup violent. Illustration parmi d'autres de la mauvaise gestion sécuritaire des manifestations à Bruxelles.

Dans le même temps cinq manifestants français ayant jeté un fumigène dans une voiture de police qui s'est embrasée, sans faire de blessé, ont été écroués et inculpés de "tentative de meurtre". Un manifestant belge ayant agressé et assommé le commissaire Vandersmissen, lui même en train d'agresser, isolé et sans protection, des manifestants avec un spray au poivre, s'est également retrouvé rapidement arrêté. Et le dit commissaire, fort de toute une presse outragée, de demander son inculpation pour... "tentative de meurtre". Dans le même temps, un policier belge mettait la tête d'un manifestant en sang à coups de matraques. Pas un mot dans la presse. Pas une ébauche d'enquête à l'horizon.

 

A l'instar de la réponse judiciaire, la couverture médiatique aussi réduite qu'indulgente des graves violences policières à l'encontre de manifestants contraste avec la déferlante quotidienne d'articles et éditoriaux indignés ayant traits aux violences dont sont victimes les policiers. Cette déferlante ne peut porter d'autre nom que propagande.

 

Il n'est pas question de justifier la violence des uns et de s'acharner sur les autres. De nier l'existence de radicaux ou d'opportunistes en marge des mouvements sociaux. De nier même que les bases même de ces manifestations deviennent de plus en plus virulentes dans leur hostilité aux pouvoirs en place. Simplement de s'interroger sur les moyens mis en oeuvre par nos Etats, revendiquant le monopole de la violence légitime. Sur le discours que nous servent nos politiques et éditorialistes. De souligner que les abus de violence émanant des dépositaires de l'autorité menacent l'Etat de droit. Que le maintien de l'ordre public ne supporte que l'usage de moyens légitimes.

 

Cela paraît nécessaire à l'heure où les manifestations et grèves s'enchaînent dans plusieurs pays d'Europe, quelle que soit la couleur politique de leur gouvernement. Peut-on tolérer que le président socialiste français fasse lancer des grenades explosives sur des civils ? Que le premier ministre espagnol de l'ancien parti franquiste fasse tirer des balles en caoutchouc sur les Indignés ? Que la coalition de droite / extrême-droite belge transforme Bruxelles en scène de guerre ?

Manifestations nationales des "indignés" à Madrid et Barcelone. Tirs de balles en caoutchouc par la police lors d'affrontements.

Scènes d'insurrection sociale lors de la manifestation en front commun syndical contre la politique d'austérité du gouvernement belge.

Un policier en civil braque un revolver sur des manifestants contre la "loi travail" à Paris

Un policier en civil braque un revolver sur des manifestants contre la "loi travail" à Paris

Charges policières inconsidérées, infiltration des manifestants par des policiers en civils équipés d'armes à feu, tir de balles en caoutchouc, gaz irritants, grenades explosives, véhicules blindés, auto-pompes, passage à tabac de manifestants menottés, tirs tendus, tazers, flash-balls, agression de journalistes couvrant les événements, lois et projets de loi visant à limiter le droit de manifester et de grève, usage arbitraire de dispositions entourant un improbable Etat d'urgence, motifs d'inculpation disproportionnés à l'égard de manifestants arrêtés, arrêtés de l'exécutif interdisant des manifestations ou des piquets de grève en dehors de tout contrôle judiciaire, arrestations arbitraires,...

Arrestation abusive du président de la Ligue des Droits de l'Homme belge par la police de Bruxelles lors d'un rassemblement de pacifistes.

Coups portés à un enfant lors de son arrestation administrative en marge d'une manifestation lycéenne à Paris.

Ces moyens n'ont rien à envier à ceux employés dans d'autres parties du monde que nous ne nous privons pas de critiquer ouvertement. Ainsi en fut-il du gouvernement turc, voué aux gémonies par toute notre presse, lors de la répression des manifestations de 2013. Presse qui entérine pourtant peu ou prou les mêmes pratiques au coeur de l'Europe... et semble ignorer les condamnations d'Amnesty, de la FIDH ou de HRW de plus en plus fréquentes à notre endroit.

 

Expulsion de familles de SDF d'abris de fortune autour de la gare du Nord par la police de Bruxelles en 2016.

A cette violence brute, on pourrait évoquer d'autres violences d'Etat plus terribles bien que plus anonymes. Ces dernières années, en Espagne, en France ou en Belgique, des centaines de milliers de personnes ont été expulsées de leurs logements. Jetées à la rue. Par des huissiers. Protégés par la police. Avec la force de la loi. Du fait de l'incapacité de nos gouvernants à juguler l'explosion des écarts de richesses. Il n'est pas besoin d'en dire plus quant au long cortège de misère sociale défilant sous nos yeux.

 

Les moyens mis en oeuvre actuellement par nos gouvernements afin de maintenir par la force un consensus social de plus en plus improbable ne sont pas légitimes et, pour certains d'entre eux, sont criminels. Ce qui n'est pas acceptable à Istanbul ne l'est pas plus à Paris, Bruxelles ou Madrid. Il faut rappeler à nos dirigeants que les travailleurs supportent quasi à eux seuls nos sociétés. Que lorsque leur grogne prend des airs d'insurrection, on ne peut les faire taire à coups de matraques. On ne peut qu'acter son échec et changer de politique. Il en va de l'avenir de nos social-démocraties.

Auteur(s)

Shanan Khairi, MD

30 mai 2016

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