Coronavirus - Actu - Protection vaccinale

Concernant la pandémie au coronavirus et l'efficacité des vaccins disponibles, la population aura rarement été à la fois tant et si mal informée. Que ce soit par défaut de compétence, par aveuglement ou pour servir divers objectifs. Ainsi, les réseaux sociaux, la presse et les plateaux de télévision font régulièrement mention d'experts ou de médecins chefs de services se référant à des études prises isolément, des anecdotes voire de simples opinions. Qui croire ? Une infectiologue d'Anvers tirant des généralités d'un homme de 25 ans non vacciné vu aux soins intensifs sur le plateau de la rtbf ou un médecin chef anversois en tirant d'autres sur atv du fait qu'il n'a que des patients vaccinés hospitalisés ?

Confronté à des discours caricaturaux entre "pro-" et "anti-vaccins", il est important d'en revenir dès que possible à de l'épidémiologie purement descriptive. De sortir des anecdotes et exemples opportunément choisis. Des données descriptives nous étaient déjà parvenues de différents pays mais se contredisaient également en apparence (autres régions du monde, autres structures de population, autres modes de vie, autres dynamiques de vaccination), entraînant. des interprétations radicalement différentes.

Depuis deux mois, nous réclamions à Sciensano (Institut de santé publique belge) des données permettant d'estimer l'efficacité vaccinale en Belgique. De premières données viennent d'être rendues publiques en ce mois de novembre. Quelles conclusions pouvons nous en tirer ?

La couverture vaccinale en Belgique

Taux de vaccination - Belgique 11/21

Taux de vaccination - Belgique 11/21

Ces données sont disponibles de longue date, mais il est important d'y revenir. La Belgique a atteint un haut taux de vaccination (schéma actuellement considéré comme complet) de sa population (75% de l'ensemble de la population) et en premier lieu des personnes âgées (93% des plus de 65 ans).

Ce taux a cependant atteint un plafond depuis le 1er septembre 2021, n'augmentant plus que très marginalement.

Il existe d'importantes disparités locales qui n'intéressent pas notre propos.

La protection vaccinale en Belgique

L'institut de santé publique n'a à ce jour fourni de données interprétables que pour la période du 18 au 31 octobre 2021 et concernant les hospitalisations et les soins intensifs (pas les décès) en Belgique. Cette courte période recouvre cependant 1816 hospitalisations dans notre pays. Il est aisé par une simple règle de trois d'en tirer des risques relatifs.

Concernant le risque relatif d'hospitalisation, un non vacciné belge a 1,6 fois plus de risque qu'un vacciné d'être hospitalisé. Cela correspond à une diminution de risque assurée par les vaccins de 40%.

Concernant plus spécifiquement le risque relatif d'hospitalisation en Unités de Soins Intensifs, ce chiffre monte à 2,6. Ce qui correspond à une diminution de risque assurée par les vaccins de 63%.

Ces chiffres, purement descriptifs, démontrent sans doute aucun une importante efficacité des vaccins, bien que moindre qu'annoncé par les campagnes médiatiques de l'été.

Hospitalisations et statut vaccinal

Hospitalisations et statut vaccinal

Hospitalisation en USI et statut vaccinal

Hospitalisation en USI et statut vaccinal

L'importance de l'âge comme facteur de risque - avant et après campagne vaccinale

L'âge étant démontré dès février 2020 comme le principal facteur de risque de morbi-mortalité et considérant que les personnes âgées ont été plus vaccinées que la population jeune, il est intéressant de comparer les risques relatifs de décès selon l'âge (les données présentées par sciensano ne sont pas collationable ou comparables concernant les hospitalisations) avant et après campagne vaccinale. L'institut de santé publique ne donne que les chiffres bruts mais en les rapportant aux derniers chiffres connus de la population et de la pyramide des âges belges (nous nous sommes référés aux chiffres officiels de Statbel pour 2020 et 2021), il est aisé d'en inférer des taux et des risques relatifs.

Pour la période prévaccinale (jusqu'au 1er janvier 2021) :

  • Les 65 ans et plus avaient 65 fois plus de risque de décès qu'un moins de 65 ans.

Pour la période post-vaccinale (à partir du 1er septembre 2021, date du plateau du taux de vaccination) :

  • Les 65 ans et plus ont 27 fois plus de risque de décès qu'un moins de 65 ans.

II faut cependant signaler que toute interprétation de ces chiffres doit être prudente, d'autres facteurs que la vaccination rentrant en jeu. Nous ne pouvons que nous borner à constater que l'âge demeure un facteur déterminant majeur de décès en Belgique bien que de manière moins marquée qu'en début de pandémie.

Mortalité par âge avant vaccination

Mortalité par âge avant vaccination

Mortalité par âge depuis le plateau de vaccination

Mortalité par âge depuis le plateau de vaccination

Risques relatifs de mortalité par âges

Risques relatifs de mortalité par âges

Quelles conclusions ?

Sur base de ces observations, on peut affirmer sans doute aucun une importante efficacité vaccinale en Belgique quant aux hospitalisations, bien que moindre qu'annoncée par les campagnes médiatiques de l'été et insuffisante pour nous préserver à elle seule d'une nouvelle vague saturant actuellement nos hôpitaux comme l'affirmaient de nombreux experts et politiques. Ceci était prévisible (absence de recul quant à la durée de l'immunité vaccinale, variant delta plus contagieux) et annoncé par de nombreuses voix - dont l'OMS - que le gouvernement n'a pas voulu entendre.

La campagne belge de vaccination a été un succès. Nonobstant des différences locales qui ont déchiré notre débat public, la Belgique a un taux de vaccination parmi les plus élevés au monde et peut s'en féliciter. Bien sûr, l'action publique doit maintenant s'atteler à l'améliorer autant que possible et, plus encore, à entamer rapidement la distribution de doses de rappels, pioritairement concernant les publics à risque (principalement les personnes âgées) et les publics exposés (principalement les soignants).

Cependant, il est évident que cela ne suffit pas. Depuis le début de cette pandémie, notre gouvernement vit dans l'illusion d'une gestion à court terme et minimise la vulnérabilité particulière de notre pays. Il est temps de passer à une gestion de moyen et long terme. Il n'est pas acceptable qu'à chaque inflexion de l'épidémie notre gouvernement improvise de nouvelles mesures qui auraient dû être planifiées. Il n'est pas acceptable qu'à chaque fois de nouveaux boucs émissaires dans la population soient mis en avant pour diluer la responsabilité politique derrière des responsabilités individuelles. Il n'est pas acceptable que le secteur des soins de santé n'ait toujours pas bénéficié d'un refinancement massif et qu'aucune réforme du contingentement des études médicales n'ait été effectuée.

L'autre enseignement de ces observations est la persistance de l'âge comme facteur déterminant dans cette pandémie. Depuis l'aveuglement de février 2020 (rappelons que la toute première mesure prise fut la fermeture non pas des maisons de repos mais... des écoles), notre gouvernement refuse de mettre en place des mesures partiellement ciblées sur les publics à risque (hors la priorité à la vaccination). Cela devrait être rediscuté.

Enfin, les chiffres livrés par Sciensano sont précieux. Ils sont encore malheureusement trops partiels ou de méthodologie fluctuante. Un effort doit être fait tant pour mieux guider l'action de nos gouvernants que pour informer correctement la population.

Auteur(s)

Dr Shanan Khairi, MD